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Décembre 2014 - Geo Ado Version imprimable Adresse Email

 

Charles Hedrich est aventurier-sportif et explorateur polaire. Il a, entre autres, traversé le pôle Nord à ski, l’Atlantique à la rame (aller-retour), et accompli le tour du Monde par les deux pôles à la voile.

 

Votre dernière expédition en date, le passage du Nord-Ouest à la rame, est encore inachevée. De quoi s’agit-il ?

C’est la traversée de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique, sur 6 000 km, le long des côtes Nord de l’Alaska et du Canada (voir carte ci-dessus). J’avais déjà franchi ce passage à la voile en 2009, mais ce n’était pas une première. À la rame, personne ne l’avait encore fait. J’ai entamé ce périple en juin 2013, et j’avais prévu un hivernage (période pendant laquelle un bateau est pris par les glaces, NDLR). Mais cette année, le 5 septembre, je me suis à nouveau retrouvé bloqué par la banquise à 1 000 km de mon point d’arrivée. Elle n’avait pas dégelé ! Même si le réchauffement climatique est indiscutable – il y a 15 ans, il ne fallait même pas penser à une telle expédition – ses effets sont très aléatoires.

 

Être témoin de ces changements, est-ce la raison pour laquelle vous partez en expédition?

En partie, oui. Mais ma motivation première reste l’aventure, l’exploit. Au départ, je suis un passionné de compétition. J’aurais pu avoir une prédisposition pour le tennis, mais je m’en suis découvert une pour le sport-aventure. C’est une activité qui nécessite de l’endurance et la capacité de vivre dans des conditions difficiles, en pleine nature. Quand j’ai commencé, il y a une dizaine d’années, mon intention était d’accomplir des choses extraordinaires. Au début, personne n’y croyait, et puis j’ai fait l’Everest, le pôle Nord, l’Atlantique à la rame…

 

Vous mettez-vous en danger dans vos expéditions ?

Dans certaines, comme la traversée à pied et sans assistance du désert d’Atacama, que je vais entreprendre en 2015, il n’y a pas de danger vital : si j’ai un problème, on viendra me chercher. Dans l’Arctique, le danger est beaucoup plus fort, notamment à cause des conditions météo. Du côté du détroit de Béring, où il y a énormément de vent, c’était très, très limite. Et puis, c’est aussi le territoire de l’ours blanc, le seul animal au monde qui chasse l’homme. Il faut faire très attention aux endroits où il peut s’embusquer.

 

Quel est votre souvenir d’aventure le plus fort ?

Je rame sous le soleil de minuit dans une mer d’huile, au Nord de l’Alaska. Il y a des baleines partout, cela fait un bruit impressionnant. Et soudain, il y en a une qui sort de l’eau juste devant moi ! J’ai dû lever la tête pour voir son oeil. D’après les Inuits, il est fréquent qu’elles viennent voir ce qu’il se passe. À la rame, c’est incroyable, toutes sortes d’animaux s’approchent de vous.

 

Qu’est-ce que ces expériences ont changé pour vous ?

Il y a 10 ans, je n’étais pas du tout préoccupé par l’écologie. Mais au contact de la nature, on est forcément sensibilisé au sujet. C’est pour cela que j’emmène des ados en randonnée à la montagne. Certaines notions passent mieux à travers le prisme de l’aventure.

 

L’étoffe des explorateurs

Charles Hedrich est membre de la Société des explorateurs français. Créée en 1937, celle-ci a  pour but de regrouper “les grands voyageurs qui contribuent à la connaissance des régions mal connues de la Terre, ceux qui entreprennent une recherche originale dans des zones de très difficile accès, qui approchent des tribus oubliées ou conquièrent des cimes inviolées, ceux qui tentent des routes maritimes extrêmes ou naviguent sur des rivières peu fréquentées, qui découvrent le monde souterrain et les faces cachées de notre planète.”

 

Un siècle d’exploits

Ces 100 dernières années, bon nombre d’explorateurs se sont illustrés par leurs exploits. En voici quelques-uns…

1936 : le français Paul-Émile Victor traverse le Groenland d’Ouest en Est en traîneau et reste 14 mois parmi les Inuits (le début d’une longue carrière d’explorateur polaire).

1947 : pour prouver sa théorie selon laquelle des Amérindiens ont pu atteindre et peupler  des îles du Pacifique, le Norvégien Thor Ayerdhal dérive 8 000 km à bord d’un radeau, le Kon-Tiki, du Pérou aux îles Tuamotu.

1960 : le Suisse Jacques Piccard et l’Américain Don Walsh plongent à 10 916 mètres de fond dans la fosse des Mariannes (voir p. 28). Ce record est toujours inégalé.

1963 : l’océanographe français Jacques-Yves Cousteau passe 30 jours dans un labo sous-marin sans remonter à la surface (record battu d’1 jour par son petit-fils Fabien en juin 2014).

1986 : le Français Jean-Louis Étienne est le 1er à atteindre le pôle Nord en solo (en traîneau, ravitaillé par voie aérienne).

1989-1990 : il traverse les 6 300 km du continent antarctique en traîneau.

2010 : il effectue la 1re traversée du pôle Nord en ballon en solo.

 

+ d’infos

Site de Charles Hedrich et de son association, Respectons la Terre : www.charleshedrich.com

 

 

 

 
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