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09.04.15 - Radio Cité Genève - Le Grand Invité Version imprimable Adresse Email

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : Charles Hedrich bonjour

 

Charles Hedrich : Oui bonjour

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : Alors vous êtes au Chili dans le désert d’Atacama pour votre départ, vous avez commencé hier votre expédition au travers du désert d’Atacama, 1400 km à pied en autonomie complète, peut-être vos premières impressions de ce départ avec on l’imagine un soleil et dans un désert, qu’est-ce que ça représente pour vous exactement ?

 

Charles Hedrich : Bah tout se présente très bien. Là je suis parti de l’extrême-nord du Chili, sur les 200 premiers km il y a des montées, des canyons on va dire très très sévères là avec le chariot qui est à pleine charge. Là je viens de faire un canyon type la montée de Martigny pour ceux qui voit à peu près ce que ça représente

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : oui oui bien sûr

 

Charles Hedrich : Avec plus, je dois avoir 140 kilos là, à trimballer derrière moi. Effort terrible.

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : effectivement j’ai vu quelques images du départ de votre expédition, cela paraît quand même un équipement très important, assez lourd

 

Charles Hedrich : La charge maximum c’est 150 kg. C’est pas ma charge du début parce que là j’ai un point d’eau naturel grosso modo à un tiers du parcours donc je vais pouvoir faire le plein d’eau mais après j’aurai un peu plus 80 litres d’eau plus toute la nourriture en totale autonomie, donc j’ai 40 kg de nourriture, plus le matériel donc voilà

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : au travers de votre voix vous avez l’air d’aller bien donc vous partez pour 40/45 jours pour cette traversée du désert d’Atacama, donc l’un des déserts les plus arides de la planète. Peut-être un mot sur votre parcours parce que vous ne prenez pas les routes bien sûr on l’imagine, comment vous vous orientez ?

 

Charles Hedrich : Bah c’est plein sud, donc j’ai un GPS, pour l’instant il y a  pas mal de pistes variées et diverses et puis après donc, parce que je suis venu il y a quelques semaines pour reconnaître, après il y a des vieilles rails de chemin de fer qui traversent, qui sont désaffectées, qui traversent le désert et on peut circuler à côté. Il faut bien prendre en compte que c’est le désert, c’est un désert de sable, mais c’est du sable compacte donc la plupart du temps porteur, donc avec mon chariot, la résistance au frottement n’est pas si importante que ça.

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : en général dans certaines expéditions, on se souvient de l’expédition qui n’est pas encore terminée, le passage du nord-ouest à la rame, vous y irez encore cet été, vous êtes tout seul. Le fait d’être avec Hervé Bazin donc un collègue, un coureur à pied aussi, un coureur de trail, est-ce que ça ajoute quelque chose à votre expédition, comment ça se passe tous les deux ?

 

Charles Hedrich : (rires) Alors ça devait être le cas et au dernier moment il n’est pas parti, il a eu un souci familial, il fallait absolument, il voulait partir mais il fallait absolument qu’il soit là début mai, début mai on ne sera pas arrivé donc ça n’avait pas beaucoup de sens, il a hésité un peu mais ça n’avait pas beaucoup de sens de partir pour s’arrêter à mi-parcours

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : donc vous vous retrouverez tout seul comme d’habitude ?

 

Charles Hedrich : Pas toujours tout seul, Pôle Nord on était deux avec Arnaud Tortel, 62 jours sur la banquise, ou en montagne, sur l’Everest par exemple on était plusieurs, mais ça m’arrive souvent de faire des expé en solo oui, mais attention le désert d’Atacama, on est, bon il y a absolument aucune vie même pas des scorpions au milieu du désert, on est jamais quand même très très loin de la transaméricaine ou d’une autre route, la transaméricaine c’est la route…

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : de la population effectivement

 

Charles Hedrich : Pour cette expédition le défi est bien évidemment physique mais en terme d’exposition, quand je parle d’exposition je parle d’engagement physique, de danger, bon bah il y en a quand même moins que sur le passage du Nord-Ouest ou sur d’autres expéditions, le plus gros des dangers c’est que je n’arrive pas au bout

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : justement, quand vous avez marché sur la banquise avec un traineau, est-ce qu’il y a une grande différence avec ce fait de marcher sur du sable avec une remorque, un équipement à 3 roues qui fait 140 kg, est-ce que vous sentez la différence, comment ça peut s’exprimer ?

 

Charles Hedrich : Alors oui ça peut paraître peut-être étonnant mais c’est plus facile là avec mon chariot sur un terrain disons pas trop meuble, ça me demande moins d’efforts si on peut dire de tracter mon chariot, sauf sur la montée que je viens de, là j’ai fait 15 km en 7h, j’ai dû mettre 6h30 pour faire 15 km, alors là c’était un effort terrible, mais ça demande un peu moins d’efforts que de trimballer le même poids sur un traîneau sur de la banquise surtout quand il fait très très froid et que la banquise devient abrasive et puis l’énorme différence, là à l’instant où on se parle je suis assis sur mon chariot, il fait chaud mais je suis relativement tranquille si on peut dire, alors que sur la banquise quand on s’arrête il peut y avoir -40°C -50°C, bon donc c’est en permanence, en permanence des conditions extrêmes, là par exemple j’ai passé, j’ai dormi quelques heures, j’ai planté, j’ai une petite tente de 500 g dans laquelle je me mets, j’étais absolument royal

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : parfait. Ok donc vous êtes très bien, peut-être même mieux qu’à Genève actuellement. Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrées, là ce sont les premières impressions parce que vous débutez, vous êtes en pleine forme, il faudra attendre une semaine ou quinze jours pour avoir du recul, quelles sont les premières impressions pour vous ? C’est ce que vous disiez, une certaine sécurité, des difficultés peut être moins importantes en ce qui concerne justement cette possibilité de trouver très rapidement les moyens de sécurité, mais au niveau physique qu’est-ce qui vous semble difficile, ce sont ces montées ?

 

Charles Hedrich : Bah donc après bon quand mon chariot sera à pleine charge, c’est-à-dire à 150 kg, donc il va falloir à peu près, sans eau là je vais avoir, j’estime une vingtaine de jours donc à tenir, donc là c’est quand même très compliqué. J’ai 4 litres d’eau par jour plus…

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : faut tout organiser Charles Hedrich

 

Charles Hedrich : Voilà et c’est pas beaucoup 4 litres d’eau, là j’ai regardé hier 4 litres d’eau par jour même en, recyclant l’urine après il faut faire très très attention à la gestion de l’effort, par exemple hier, je peux donner un petit exemple, j’ai fait une erreur, j’ai voulu trop en faire je me suis remis en route à 2h de l’après-midi très mauvaise idée à 2h de l’après-midi il fait une chaleur épouvantable, j’ai beaucoup trop transpirer bah du coup je bois plus, faut absolument que je marche le plus possible la nuit et jusqu’à 9h du matin c’est à peu près gérable.

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : je connais assez bien ce genre de situation mais dans d’autres déserts, il faut bien caler, donc organisation au niveau du temps et de la météo, organisation au niveau des efforts, organisation au niveau de la nourriture parce que le défi de votre voyage et de votre traversée du désert d’Atacama sur 1400 km Charles Hedrich c’est bien évidemment l’autonomie complète

 

Charles Hedrich : L’autonomie complète. Bon pour ce qui est de la nourriture, j’ai 40 kg au départ, j’ai 1kg par jour exactement de produits divers, des cacahuètes, des chips, des choses de ce genre, j’ai acheté tout ça sur place, pas de réchaud comme il fait chaud, j’en prends déjà rarement quand il fait froid, mais quand il fait chaud pas de réchaud, j’ai à peu près 4500 kcal par jour et ceci dit sur une expédition qui dure 40 jours je peux me permettre de perdre pas mal de poids sans qu’il y ait trop de conséquences sur le physique

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : sur l’organisme

 

Charles Hedrich : Sur les expéditions beaucoup plus longues, par exemple mon aller-retour sur l’Atlantique à la rame, là il faut être beaucoup plus attentif au fait de pas commencer à trop maigrir sinon on se retrouve en situation de survie.

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac :  Charles Hedrich, et pour terminer cet interview avec vous, je vous rappelle que vous êtes le désert d’Atacama au Chili, 1400 km, entre 45 et 50 jours, avec une autonomie complète et une petite remorque avec 140 kg environ. Vous étiez venu plusieurs fois à Genève présenter votre voyage. Un mot peut être sur la beauté, qu’on en parle dans une expédition comme celle-ci, vous ne souhaitez pas rencontrer des populations puisque vous êtes dans un désert mais par contre la beauté des paysages, dîtes-en nous un mot

 

Charles Hedrich : C’est magnifique, là c’est assez vallonné, il doit y avoir, là le canyon que je viens de passer il devait y avoir un petit 800 m de dénivelé et maintenant je suis sur du sable, des dunes de sable relativement blanche, non non c’est magnifique ciel bleu à perte de vue et les nuits extraordinaires, et en plus ma tente est transparente si on peut dire donc j’ai la voie lactée pendant 40 jours à venir en permanence et le désert où la NASA notamment s’est installée om il y a les plus grands observatoires pour l’espace au monde.

 

Radio Cité Genève / Gilles Soulhac : oui effectivement, donc ce sont les plus cieux de la planète. Merci Charles Hedrich, on vous laisse repartir parce que 15 km en 7h on imagine que ce n’est pas facile. On vous retrouvera dans une dizaine de jours, on a choisi de vous avoir ¾ fois dans cette expédition bien sûr parce que nous vous avons suivi entre autres sur la traversée de l’Atlantique et aussi sur la traversée du Passage du Nord-Ouest aussi. On espère que tout ira bien pour vous et vous arriverez successivement à dépasser les difficultés que vous allez rencontrer. A tout bientôt Charles Hedrich.

 

Charles Hedrich : Eh bien merci beaucoup, à bientôt, au-revoir.

 

 

 
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