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06.02.17 - Regards de Presse Spécial Sport et Aventure Version imprimable Adresse Email

 

 

Regards de Presse au Furet du Nord

 

Transcription de l’interview avec Hervé Leroy, animé par Frédéric Launay

 

Frédéric Launay : Charles, alors pourquoi part on à l’aventure, qu’est-ce qui motive ?

 

Charles Hedrich : Alors… Moi je peux répondre pour moi, je ne peux pas répondre pour les autres. C’est mon terrain. Si j’avais pu, je ne sais pas, gagner en tant que joueur la coupe du monde de foot, c’était la même chose. Donc dans mon cas c’est ça, mais je suis à peu près, par contre, sur le terrain de l’aventure aussi bien alpiniste, marin ou spécialiste des déserts ou des pôles. En général je suis à peu près le seul qui a ce type de motivation. En général un aventurier, il ne va pas s’intéresser au foot, il ne va pas s’intéresser au rugby, il ne va pas s’intéresser à la moto. Parce qu’il considère que ça ne véhicule pas exactement les mêmes valeurs. Mais pour moi c’est exactement l’inverse. Bon alors Hervé, ce qui est absolument passionnant, c’est de s’intéresser à des sujets aussi divers que ceux que vous racontez dans votre livre.

 

Hervé Leroy : Bah l’idée c’était de raconter les grands drames du sport. A la fois les drames individuels au travers de la mort des grands champions et puis aussi la mort malheureusement collective quand le sport est une caricature de lui-même, notamment au travers du drame du Heysel ou de la catastrophe de Furiani. Moi ce qui m’intéresse c’est que le sport est une aventure humaine où l’être donne sans doute le meilleur de lui-même dans le cas de grands champions, parfois le pire de lui-même avec les dérives de supporters tel qu’on les connait. Et pour appréhender le sport j’ai l’habitude de dire que le sport charrie un peu tout ce que la société a de pire et de meilleur. C’est véritablement une image de la société, et ce qui m’intéresse ce sont les destins. Les destins où les gens se réalisent par-delà eux même et aussi peut être transcendent les frontières sociales. Le sport souvent par rapport à un champion est aussi une manière de s’élever. Peut-être une question personnelle. Qu’est-ce qui vous, vous motive ? Est-ce que cette passion de l’aventure vous est arrivée très jeune, ou est-ce que vous partez très tard sur le terrain de l’aventure ?

 

Charles Hedrich : Alors c’est exactement ça. C’est-à-dire, moi j’ai eu une entreprise que j’ai créée. Une entreprise de recrutement de chasseur de tête. Donc je gagnais très bien ma vie. Donc la société je la développe en Europe, aux Etats-Unis, j’arrive à l’introduire en bourse. Mais, j’avais conscience que sur ce terrain-là j’avais quand même pas mal de limite et je ne pouvais évoluer à des niveaux de Bouygues, de Bernard Arnaud. Et à l’inverse sur le terrain de ma passion d’aujourd’hui, j’avais une confiance en moi, une conscience, ça parait peut-être incroyable, que je n’avais pas vraiment de limite. Donc c’est vraiment dans l’idée d’essayer de m’accomplir au plus haut niveau possible dans un domaine, et mon domaine c’est celui-ci. Donc en fait c’est quelque chose que j’ai perçu à l’âge de 14 ans. Mon père m’emmène au sommet du Mont Blanc. Bon ce n’est pas un exploit, mais je me promène littéralement. Et à ce moment-là je me projette et je dis : « je vais tout faire pour évoluer au plus haut mondial de l’aventure ». Et après, évidemment il faut arriver à trouver l’argent pour faire ça, donc je crée cette entreprise, et je puis je démarre à 44 ans.

 

Charles Hedrich : Quel est l’un des sports les plus dangereux au monde ?

 

Hervé Leroy : Difficile. Difficile question. Mais comme pensent les sportifs et comme vous disiez, la mort peut survenir à n’importe quel moment, même dans la vie courante. Les sportifs ont souvent d’ailleurs, comment dire, la sensation, la préscience, non pas de dépasser les limites, mais de jouer avec les limites, d’être sur le fil. Alors Peut être les sports technologiques à travers l’automobile par exemple. Ayrton Senna avait conscience que la mort faisait partie de son métier, de sa passion. Mais je pense que de toute façon la mort est toujours présente sur le plan humain et les sportifs finalement ne jouent pas avec la mort. Au contraire ils ont une profonde force de vie. Vous disiez en aparté que ceux qui revenaient de l’Everest dans des conditions difficiles, c’est justement parce qu’ils avaient une force de vie. Je pense que les sportifs ont cette force de vie très ancrée en eux même.

 

Charles Hedrich : Oui alors surement, alors il y a un sport qui reste aujourd’hui extrêmement dangereux. Il y en a d’autres, mais c’est les sommets himalayens, les 8000, enfin l’Everest en particulier. Donc j’aime bien donner une statistique, c’est vraiment un fait. Depuis la première ascension en 53 par Hillary (Edmund) et Tenzing (Norgay), statistique, pour 10 personnes au sommet, on compte un mort. Et à ça il faut ajouter les blessures, les gelures. Donc là on est vraiment au sommet. Et quand on pratique différents terrains, cette réalité on en a bien conscience. C’est-à-dire la voile si vous voulez évidemment c’est un sport qui présente certains risques mais il n’y a quand même pas, on va dire, on ne tutoie pas l’accident définitif en permanence. Parce que quand on parle avec des himalayistes, enfin des alpinistes en général, eh bien leurs amis, leur entourage, il y en a un nombre considérable qui ne sont plus de ce monde.

 

 
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